Dimanche 22 avril 2012 7 22 /04 /Avr /2012 17:36

 

Nightwish II by angeinerte

En ce mois d'avril 2012, un évènement bouleverse l'état. Chaque français devrait se sentir concerné par ce fait exceptionnel. Que l'on se rassure, mon intention n'est pas de parler des élections présidentielles mais bel et bien de la dernière date en France, de la tournée Imaginaerum du groupe finlandais Nightwish. La Halle Tony Garnier de Lyon, dont la disposition n'est pas sans rappeler celle de Paris-Bercy, est capable d'accueillir le modique nombre d'environ 17 000 personnes. A ne pas s'y tromper, les lieux étaient quasiment pleins, la soirée du 20 avril 2012.

 

Le concert se voyait muni de deux premières parties. Quatre jeunes filles (Eklipse) se présentent tout d'abord sur scène, à l'avance, arborant chacune un type de violon différent. C'est sous des jeux de lumières colorés et les yeux de spectateurs conquis qu'elles entreprennent d'interpréter des morceaux qui n'ont, à la base, rien de classique. Linkin Park, Coldplay, le thème magistral du Parrain de Coppola ; une musique de choix pour commencer la soirée de manière transcendante. Le public n'a pas à attendre très longtemps pour qu'un second groupe se présente, dans un registre... différent, va-t-on dire. Que l'on ne se méprenne pas, le groupe Battle Beast gère, tout simplement. Ils envoient du son, et du très lourd. Encore est-il que leur musique est -à priori- destinée aux véritables amateurs de heavy metal. Puis vient Nightwish... Ah, Nightwish...

 

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Le groupe de metal symphonique par excellence, connu à travers le monde, à n'en pas douter. Imaginez-vous écouter avec plaisir un groupe depuis bien six ans et enfin le découvrir en live. Le spectacle s'annonce d'ores-et-déjà magique. Et surtout, il s'avère être à la mesure de l'attente. S'il paraît impossible de comparer ce concert à celui de Notre Dame à Bercy sur bien des points, l'on peut au moins admettre que l'impression s'est avérée tout aussi grande, grisante, et inoubliable. En quelques mots : Nightwish donne ce genre d'expériences qui défilent à la vitesse de la lumière et qu'on veut réitérer, dès qu'elle est terminée.

 

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C'est un rideau à franges, noir et blanc, qui vole au vent tout en dissimulant la scène, tandis que les premières notes nous parviennent. A priori, c'est une chanson calme, douce, quasiment une berceuse. D'ailleurs, Marco Hietala (bassiste et chanteur) -dont seule l'ombre se dessine, vaste, de profil, sur le rideau- chante doucement tout en basculant sa chaise d'avant en arrière. Que voilà une introduction paradoxale, laquelle reflète pourtant à merveille l'ambiance qui émane de chacun des titres de Nightwish. Dans chacun de ses morceaux, depuis la création du groupe en 96, l'on ne peut pas dire que Nightwish fasse dans la dentelle. Et pourtant, chacune des meilleures chansons est un mélange subtile, une savoureuse symbiose, de metal et de lyrique. Certains passages instrumentaux sont ni plus ni moins sublimes, d'autant plus lorsqu'ils sont enrichis de chœurs, ou de la voix de soprano de l'ancienne chanteuse Tarja Turunen, (révoquée il y a quelques années).

 

Saut dans le passé avec le classique Nemo : "All I wish is to dream again."


 

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Bref, Hietala ne tarde pas à expédier sans ménagement sa chaise dans les coulisses, après quoi, les autres musiciens le rejoignent, ainsi que la chanteuse du moment : Anette Olzon. Le rideau bascule : the show must go on. L'intro s'avère être le moment le plus fort du concert, ce qui n'est pas peu dire. D'ailleurs, peut-on la qualifier d'introduction étant donné sa longueur ? Ils enchaînent, avec une précision, un naturel et un savoir-faire qui poussent au respect, des morceaux récents ainsi que des classiques, entendus et re-entendus. Comment peut-on redécouvrir Wish I Had An Angel sans éprouver une once d'émotion ?

 

Introduction du spectacle (avec le début de Wish I Had an Angel, en fin de vidéo).

 


 

Chacun des artistes a du génie, les jeux de lumières sont plus mouvementés que jamais, l'écran du fond affiche des vidéos tout à fait intéressantes et immersives. Si Hietala est sans doute mon favori, il paraît impossible de ne pas admettre que Tuomas Holopainen est le plus charismatique. Ses talents au clavier sont bouleversants, et surtout, son piano a plus l'air d'être un orgue qu'autre chose. Parce qu'on a la classe ou on l'a pas.

 

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Les spectateurs n'ont guère le temps de reprendre leur souffle ; si la fosse n'est pas déchaînée comme dans certains concerts de pur rock, elle n'en est pas moins captivée et agitée. D'ailleurs, les gens installés n'hésitent pas à rester debout au long des presque deux heures de show. Les chansons entraînantes s'enchaînent, sans que les membres du groupe n'oublient de faire des échanges, parfois amusants, avec le public. L'on aurait pu s'attendre à ce que Nightwish se contente de faire strictement le spectacle comme certaines grosses machines canadiennes ou américaines, mais non, la surprise est agréable.

 

La chanson la plus spéciale, mais la plus délirante du show : Scaretale

Hommage aux contes diaboliques pour enfants et rires maléfiques en prime !


 

Il ne faut pour autant pas croire que les auditeurs n'aient pas un seul instant de répit pour reprendre leur souffle. Le concert était indéniablement doté d'une partie plus calme, presque tranquille. Ils ont par ailleurs adouci le classique Nemo, pour l'occasion. On aime (ou pas) les modifications, quoiqu'il en soit, le musicien invité Troy Donockley rend les chansons (instrumentales ou non) des cinq membres du groupe, plus enivrantes encore, à l'aide d'une sorte de cornemuse baptisée uilleann pipes. En d'autres termes, le concert ne manquait pas non plus d'une délicieuse ambiance celtique. Vous l'aurez compris, un concert de Nigthwish, ce n'est que d'émotion, que le son s'affermisse ou non, tandis que ces musiciens donnent le meilleur d'eux-mêmes. Tout, jusqu'au rappel final, évoquait un professionnalisme et un talent dévastateurs. La mise en scène ne laissait guère plus à désirer, entre les jets de flammes qui rendaient la salle plus chaleureuse encore, à chaque battement infernal, épique, de la grande caisse de Jukka Nevalainen (batteur), jusqu'au feu d'artifice -et je parle littéralement- qui a explosé au dessus de la scène, à la fin. Un sans faute à n'en pas douter, et c'eut été un 21/20 s'ils avaient refait Phantom of the Opera, en l'occasion du 25ème anniversaire du musical. Cela paraissait peu probable : l'un des seuls bémols du changement de chanteuse, au cours du temps.

 

Nouveau saut dans le passé : Phantom of the Opera (live), by Nightwish.

"Sing my angel of music !"


 

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Par F. de l'O. - Publié dans : Quatrième Art [Musique]
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Samedi 25 février 2012 6 25 /02 /Fév /2012 13:44

The Hours

Nicole Kidman & Stephen Dillane - The Hours - 2003

>Zoom sur l'image<

Par F. de l'O. - Publié dans : Septième Art [Cinéma]
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Jeudi 19 janvier 2012 4 19 /01 /Jan /2012 23:11

Phantom-of-the-Opera-89--5-.jpg

 

 

Adaptation originale de l’œuvre de Leroux, c'est le moins que l'on puisse dire. L'intrigue se situe à New York et Londres, tantôt de nos jours, tantôt à une époque plus reculée. Comme toujours, la jeune Christine (Jill Schoelen) rêve de devenir une célèbre cantatrice et doit se confronter à la renommée bien assise de la Carlotta ainsi qu'aux réticences d'un des directeurs de l'opéra (Bill Nighy). L'associé du directeur, lui, fait office d'un Raoul baptisé Richard (Alex Hyde-White), certes amoureux de Christine, mais discret. Et puis Erik, alias le Fantôme, lequel est capable des pires crimes et folies pour assurer la gloire de la jeune femme. Parce qu'il est son Ange de la musique, parce qu'il l'aime, mais aussi parce qu'il rêve aussi -secrètement- de succès et de beauté.


 

On s'y retrouve assez dans l'histoire et dans les personnages, bien que les modifications apportées ne soient pas des moindres. Le film est en effet nettement tourné vers l'horreur et le sanglant. A prendre au second degrés, donc, au risque d'être catastrophé, mais cette version n'est pourtant pas dénuée de certains charmes. Bien que Christine se révèle parfois trop peu expressive, elle a le mérite de ne pas rester les bras croisés lorsque les choses dégénèrent et se muent en cauchemar.

Phantom-of-the-Opera-89--3-.jpgLe Fantôme n'a pas peur de se salir les mains.

 

Erik, quant à lui, incarné par Robert Englund, célèbre interprète de Freddy Krueger, se voit offrir une nouvelle facette assez singulière. A l'instar de Faust, il vendit son âme au diable afin que sa musique devienne éternelle. Il se vit alors contraint à errer et à écorcher les gens à qui il dérobait la vie, dans le but de se reconstituer un visage, car le diable avait réduit le sien au néant. Pas de masque pour ce Fantôme-ci, si ce n'est un masque de chair qui permet quelques scènes qui pourraient émouvoir les spectateurs les plus sensibles. On s'écarte pas mal du Fantôme original, en oubliant quelque peu sa dimension romantique et mélancolique (ce Erik se rend par exemple chez les filles de joie) mais la malédiction qui le pousse à la folie et au meurtre n'est pas dénuée d'intérêt, d'autant plus que l'on retrouve -non sans satisfaction- quelques crimes ou citations marquantes du roman.

Phantom-of-the-Opera-89--2-.jpgChristine aura le choix entre la messe de mariage et celle des morts. Quel dilemme.

 

Bon, la mise en scène et parfois brouillonne et il faut être familier de ce genre de films pour ne point être pris au dépourvu, mais il suffit de cela pour que le divertissement soit assuré et non dénué de rires. Les clins d’œil à Leroux, l'affiche des Misérables en bonus affichée sur un mur, les hommages à la comédie musicale de Andrew Lloyd Webber avec l'apparition de roses rouges ou du costume d'Erik tout aussi écarlate lors du bal, et même le point commun avec la version du Fantôme avec Charles Dance (ne joue-t-on pas Faust à l'opéra ?) contribuent à penser que le film est loin d'être aussi délirant que cela.

Phantom-of-the-Opera-89--4-.jpg Un masque bien célèbre du Fantôme.

 

Et certaines scènes valent le détour; je pense à celle du cimetière ou encore le final, à croire que le simple morceau de violon à un je ne sais quoi d’enivrant. Le film souligne surtout le fait que le Fantôme soit éternel, tout comme la beauté et la musique, selon ses propos. Il est souvent comparé à Satan, alors qu'il n'a de cesse de se baptiser l'Ange de la Musique. Il aime Christine, l'innocence et la pureté même, alors qu'il n'est qu'un assassin certes passionné mais sans vergogne.


 

Phantom-of-the-Opera-89.jpgScène du cimetière fort bien orchestrée.


« Everyone dies, I just choose the time and place of a few, » comme il dit. Adaptation assez déroutante, en somme, qui n'a rien d'un chef d’œuvre, mais qui est nettement destinée aux admirateurs du Fantôme de l'Opéra, ou tout simplement aux amateurs du genre horreur-fantastique. (Voir aussi : Trois masques du Fantôme de l'Opéra).


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Par F. de l'O. - Publié dans : Septième Art [Cinéma]
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Mardi 17 janvier 2012 2 17 /01 /Jan /2012 15:03

Rebecca (1)Impossible de ne pas se résoudre à rédiger un article au nom de Rebecca, l'adaptation de Jim O'Brien sortie dans les années 90, tant la surprise a été agréable. J'avoue que je ne connaissais pas du tout l’œuvre de Daphné du Maurier. Si l'on se fie à l'affiche du DVD, il s'agit ni plus ni moins d'une intrigue romantique, inspirée d'Orgueil et Préjugés. Rebecca va bien au delà de cela bien qu'il soit complexe d'en parler avec justice, sans donner des informations qui pourraient éventuellement rompre la magie de la découverte. Un synopsis qui n'en dit pas trop long pour débuter :
"Sur le Riviera, le veuf Maximilien de Winter (Charles Dance), tombe amoureux d'une jeune et belle dame de compagnie (Emilia Fox). Il s'empresse de l'épouser. De retour dans le manoir des Winter, la jeune épouse est rapidement hantée par l'étrange présence de celle qui l'a précédée. Une rivalité angoissante nait entre la nouvelle Mme de Winter et le souvenir étouffant de la défunte."

 

Rebecca a avant tout une ambiance gothique, comme le roman, et de plus en plus oppressante au fil de ses deux parties d'une heure et demi chacune. La mise en scène est vraiment agréable et efficace, dans cette optique. Mais c'est avant tout le suspense qui régit l'histoire du film; un suspense qui monte en crescendo jusqu'au climax final. Il est nullement surprenant que le maitre du suspense, Alfred Hitchcock, ait adapté plusieurs œuvres de du Maurier, dont les Oiseaux, ainsi qu'une autre adaptation de Rebecca, plus ancienne, qu'il s'agira certainement de découvrir.


Rebecca--105-.jpgCharles Dance


L'histoire a un je ne sais quoi de doucement mais sûrement prenant, marquant et de moderne, étant donné l'époque où elle a été rédigé (roman publié en 1938 et adapté par Hitchcock en 40) et celle où elle se déroule. Les personnages ne sont ni fades, ni stéréotypés, et le casting, choisi de manière ingénieuse, n'y est pas étranger. Mentionnons tout d'abord Faye Dunaway, la superbe fiancée de Clyde, dans Bonnie and Clyde, qui campe un rôle certes détestable et discret, mais à merveille. Ensuite Diana Rigg, laquelle a remporté l'Emmy Award du meilleur second rôle sous les traits de Mme Danvers, inquiétante et très ambiguë, il est vrai ! Emilia Fox s'en sort très correctement dans son premier rôle à l'écran, un personnage central, bien qu'anonyme, à qui elle prête des traits certes (trop) innocents, mais honnêtes voire attachants. Et pour finir, Charles Dance, étonnant, juste, très sardonique mais charismatique.

 

Rebecca.jpgCharles Dance et Emilia Fox

 

Quelques dialogues divertissants :


« Max : - Qu'alliez-vous dire ?
Elle : - ...
- Je vois qu'il y a quelque chose que vous avez envie de dire; qu'est-ce que c'est ?
- Si seulement il y avait une invention... Oui, où l'on puisse mettre un souvenir en bouteille. Ce serait comme un parfum qui s'évaporerait et ne se tarirait jamais. Quand vous en auriez envie, vous n'auriez qu'à ouvrir la bouteille, et vous pourriez alors revivre l'un de vos souvenirs !
- Quel bel instant de votre jeunesse voudriez-vous conserver ?
- Celui-ci !
- Oh, ce café est si bon que ça ?
- Ne vous moquez-pas... Ne me traitez pas comme une jeune sotte. Je sais que je n'ai pas vu grand chose du monde, je sais que je ne suis pas une femme de 36 ans qui porte du satin noir et des perles.
- Vous ne seriez pas avec moi dans ce cas-là... Arrêtez de vous ronger les ongles, c'est une vilaine habitude.
- Pourquoi m’emmenez-vous tous les jours ?
- ...
- Si vous me trouvez aussi vilaine et aussi sotte ! Pourquoi ? C'est par gentillesse ? Si c'est ça, je ne veux pas de votre charité !
-Au Diable ma gentillesse et ma charité ! Je n'en ai pas la moindre... » 


« Max : - Je ne plaisante pas, surtout à une heure aussi matinale, c'est parfaitement simple. Soit vous allez à New York avec madame Van Hopper, soit vous venez à Manderley avec moi.
Elle : - Vous voulez engager une secrétaire peut-être ?
- Mais non, jeune sotte ! Je vous demande de m'épouser ! Veuillez m'excuser... Je viens de me conduire comme une brute. Nous devrions être dans une serre, vous devriez tenir une orchidée, vous devriez porter une robe blanche, il devrait y avoir des violons qui jouent une valse ! Je suis navré mais nous devrons nous en passer.
- Arrêtez Maxime ! Je ne suis pas quelqu'un pour vous... Je ne sais pas comment vous expliquer, mais tout d'abord, je n'appartiens pas à votre monde.
- Et quel est mon monde ?
- Eh bien, Manderley... Vous savez ce que je veux dire.
- C'est ridicule. Vous n'avez pas répondu à ma question.
- Comment le pourrais-je ? Je ne sais pas quoi dire...
- Cela vous ennuierait que l'on se marie très vite ? Tout peut s'arranger en quelques jours. Une licence de mariage, un magistrat...
- Pas d'église, de cloches, d'enfants de chœur ?
- Non... J'ai déjà connu ce genre de mariages. »

Rebecca--109-.jpg

Charles Dance

 

« Histoire envoutante » dit-on; en effet, je veux croire que l'adaptation rend justice au roman de du Maurier. On hésite souvent. On est parfois à peu près sûr d'avoir deviné la vérité avant l'heure. Mais voilà qu'un nouvel élément fait douter ou déroute. Bref, le nœud de l'intrigue, fort bien noué, se délie délicieusement. Une adaptation en deux parties qui n'est pas sans rappeler la qualité de celle du Fantôme de l'Opéra, avec le même Charles Dance.

Par F. de l'O. - Publié dans : Septième Art [Cinéma]
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Lundi 16 janvier 2012 1 16 /01 /Jan /2012 11:57

Notre-Dame-de-Paris--12-.jpg

Garou (Quasimodo) Daniel Lavoie (Frollo) Patrick Fiori (Phoebus) et Hélène Ségara (Esmeralda) "Belle"

 

Si la tragédie musicale Notre Dame de Paris a moins arpenté le globe que les Misérables ou le Fantôme de l'Opéra, quel européen n'en a pas entendu parler, ne serait-ce que grâce à l'une des chansons les plus harmonieuses et célèbres de ces dernières décennies : Belle ? Avant d'être une chanson, Notre Dame de Paris est un opéra moderne. Avant d'être un opéra moderne, c'est une adaptation fidèle du chef-d’œuvre rédigé par Victor Hugo au 19ème siècle. La tragédie musicale, elle, voit le jour à la fin du 20ème, grâce aux partitions de Richard Cocciante et la plume de Luc Plamondon.


Notre-Dame-de-Paris.jpgGarou (Quasimodo) Daniel Lavoie (Frollo) Patrick Fiori (Phoebus) et Hélène Ségara (Esmeralda)

"Belle"


  

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Bruno Pelletier (Gringoire, le "prince des rues de Paris")

 

"Les poètes et les troubadours ont chanté des chansons d'amour qui promettaient au genre humain de meilleurs lendemains." Le Temps des Cathédrales - Gringoire

 

Les musiques fascinantes s'accordent merveilleusement à un texte à la fois loyal à Hugo et très audacieux, puisque les questions et problématiques sociales actuelles, telles que l'immigration, sont traitées avec ferveur. Certaines paroles sont mémorables, les personnages sont subtiles, non stéréotypés et sublimes, dans le mal comme dans le bien. Notre Dame de Paris est certes une histoire romantique, mais le poids et l'évolution du 15ème siècle y ont leur importance, de même que l'ampleur gothique du roman. Les personnages se déchirent, s’autodétruisent, volontairement ou simplement à cause du poids qu'exerce la fatalité. Une tragédie, qui cause bien des larmes mais aussi des rires.


Notre-Dame-de-Paris--9-.jpg Garou (Quasimodo torturé)

 

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Hélène Ségara (Esmeralda) et Daniel Lavoie (Frollo) "Tu vas me détruire"

 

"Ave Maria, protège-moi de la misère, du mal et des fous, qui règnent sur la terre." Ave Maria Païen - Esmeralda

 

"Caresse-moi d'une main, torture-moi de l'autre, fais-moi expier ma faute ! L'enfer où tu iras, j'irai aussi et ce sera mon paradis !" Etre prêtre et aimer une femme - Frollo

 

Les personnages et leurs aventures sont devenus assez mythiques. Il n'est pas même utile de présenter Quasimodo, le sonneur de cloches sourd, bossu et difforme, éperdument amoureux de la ravissante et innocente bohémienne, Esmeralda. Si l'apparence physique est une frontière, ce n'est rien comparé aux menaces qui pèsent sur la bohémienne. Celle-ci est en effet convoitée par des hommes qui ne savent pas aimer. Le beau capitaine Phoebus n'est qu'un libertin, le prêtre meurtri et prompt à la folie, Claude Frollo, n'est capable que d’extrémités et ne fait que la terroriser d'avantage à chaque fois qu'il tente de la séduire. Ils sont jaloux les uns des autres et plus ou moins prêts à tout pour parvenir à leurs fins ou à se réaliser. Voilà le plus que triangle amoureux de la chanson Belle, qui a déjà ému des milliers d'auditeurs.


Notre-Dame-de-Paris--3-.jpg Daniel Lavoie (Frollo)

 

"Elle porte en elle le péché originel ! La désirer fait-il de moi un criminel ?" Belle - Frollo

 

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Luck Mervil (Clopin)

 

"Le sang et le vin ont la même couleur à la Cour des miracles !" La Cour des miracles - Clopin

 

La comédie musicale met également en scène le poète Gringoire, ténébreux narrateur ainsi que Clopin, roi de la Cour des Miracles, gitan révolté, anarchiste mais loyal aux siens, ou Fleur-de-Lys, la fiancée ô combien jalouse de Phoebus. C'est avec regret que l'on constate que le joyeux frère cadet de Frollo, Jehan, disparaît de l'adaptation. Il aurait pourtant apporté une touche d'humour et de légèreté qui n'auraient pas été du luxe, si l'on se fie à la présence des Thénardier dans les Misérables. Mais les francophones se permettent moins les mélanges de genres que nos amis britanniques. Notre Dame de Paris est donc assez intense et sombre, mais certainement pas au point d'être trop lourd ou indigeste. Le spectacle est tout simplement trop beau pour cela.


Notre-Dame-de-Paris--5-.jpgPatrick Fiori (Phoebus) et Julie Zenatti (Fleur-de-Lys)

 

"L'une pour le ciel et l'autre pour l'enfer, l'une pour le miel et l'autre pour l'amer, l'une à laquelle j'ai fait tous les serments et l'autre avec laquelle je les démens ! Déchiré, je suis un homme partagé, déchiré, entre deux femmes que j'aime, entre deux femmes qui m'aiment, faut-il que je me coupe le cœur en deux ?" Déchiré - Phoebus

 

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Hélène Ségara (Esmeralda) et Garou (Quasimodo)

 

"Quand les années auront passé, on trouvera sous terre nos deux squelettes enlacés, pour dire à l'univers combien Quasimodo aimait Esmeralda la zingara... Lui que Dieu avait fait si laid pour l'aider à porter sa croix..." Danse mon Esmeralda - Quasimodo

 

Les personnages sont assez fidèles au bouquin, disions-nous. Certes, la Esmeralda est plus mature, Clopin plus engagé et en colère, Gringoire plus charismatique, Quasimodo moins maladroit, mais ils conservent leur essence et leurs points faibles comme leurs forts. Les voix sont fort bien choisies, cela soit dit en passant. La voix douce de Segara pour Esmeralda, celle à la fois plus juvénile et sévère de Zenatti pour Fleur-de-Lys, des voix graves (Mervil et Garou) pour les aspects bourrus de Clopin et Quasimodo, la magnificence de celle de Pelletier pour le poète narrateur Gringoire, et enfin, la voix certes puissante mais douce et légère de Fiori (Phoebus) pour s'opposer au ton sévère et profond de Lavoie (Frollo). Casting plutôt correct, s'il en est, même si Pelletier, Fiori et surtout Lavoie tirent nettement leur épingle du jeu. Le chant de Lavoie n'est pas le seul à être impeccable. Quelles expressions et quelle gestuelle lorsqu'il incarne Frollo sur scène !

Notre-Dame-de-Paris--2-.jpg Daniel Lavoie (Frollo, brillant manipulateur ) et Garou (Quasimodo, son fils adoptif)

 

"Toi qui m'as vu grandir, toi qui m'as vu souffrir, toi qui m'as protégé, contre le monde entier, toi qui m'as fait le bonheur de me nommer sonneur de cloches ! Tu m'as appris à parler, à lire et à écrire mais je ne sais pas lire le fond de tes pensées." L'enfant Trouvé - Quasimodo

 

"Je ne demandais rien qu'un instant de bonheur... Je te donne le choix avant le petit jour : c'est le gibet ou moi, c'est la mort ou l'amour ! C'est la tombe ou mon lit, c'est la mort ou la vie !" Un matin tu dansais - Frollo

 


  "Le Procès"

Notre-Dame-de-Paris--14-.jpgTroupe anglaise de Notre Dame de Paris

 

Ce qui mène à la mise en scène. Certains la qualifient de minimaliste. Elle est certes fort sobre. La cathédrale Notre Dame est représentée par un mur, certes symbolique, et aucun événement n'est mis en scène d'une façon extraordinaire ou semblable à du cinéma. Mais l'essentiel est là, la tragédie musicale s'adresse à un public averti et de l'abstrait suffit aisément. En somme, Notre Dame de Paris a marqué les esprits depuis 1998, à juste titre. Et je ne parle que de la mise en scène et du casting originaux,, puisque le spectacle a été de nombreuses fois repris, et évidemment de façon différente, au fil des années, ou selon les pays. La mise en scène italienne est par exemple beaucoup plus théâtrale.

 

"Ce n'est pas de la haine, c'est que je t'aime... Je t'aime !" Visite de Frollo à Esmeralda - Frollo


  Notre-Dame-de-Paris--Concert-.jpg

Affiche de promotion du concert avec le casting original intégral

 

S'intéresser uniquement au casting original n'est pas un hasard. En effet, il a donné trois concerts en décembre 2011, à Paris (Bercy). Quelques chanceux ont pu y assister. L'auteur de cet article fait partie des chanceux.


Notre-Dame-de-Paris--9--copie-1.jpgPatrick Fiori, Garou et Daniel Lavoie "Belle"

 

Notre-Dame-de-Paris--4-.jpg

Bruno Pelletier

 

Hélas ! Le concert ne reprenait pas l'intégralité des chansons et d'ailleurs, la mise en scène n'était pas prévue. Mais cela n'a que peu d'importance. Effectivement, la présence de l’orchestre sur scène et le jeu éblouissant des images et des lumières l'a nettement fait oublier. Les meilleures chansons furent sélectionnées, de manière à ce que chaque chanteur ait une présence égale sur scène. Il serait un peu subjectif de dire qu'il est dommage de voir autant Fleur-de-Lys que Frollo, mais trop tard, c'est fait. Les chansons, tant connues, sont modifiées. C'est parfois déroutant, parfois un peu moins bon, mais souvent nettement plus enchanteur. Je pense aux chœurs célestes qui accompagnent les lamentations de Frollo, à certains passages a capella ou au rythme plus soutenu des tambours lors des danses de Clopin, notamment. Sublime. Mémorable. Bercy était relativement plein malgré le prix de certaines places et il est peut-être fou d'attendre un DVD ou un Blu-Ray de ce concert monumentale, mais l'espoir fait vivre après tout. Le concert était ponctuel, certes un peu trop solennel, mais on ne s'attend pas à entendre des plaisanteries glissées entre des chansons dramatiques et tragiques. Les chanteurs étaient tout de même souriants et les rappels somptueux.


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Hélène Ségara

 

"Délivre-moi de ma ceinture, viens en moi, petite ordure ! Apprends-moi l'art de la luxure, je t'aimerai si tu me jures... Je t'aimerai si tu me jures qu'on la pendra la Zingara !" La monture - Fleur-de-Lys

Notre-Dame-de-Paris--6--copie-1.jpgPatrick Fiori et Julie Zenatti

"Déchiré" (Phoebus)


 

Ils furent tous égaux à eux-mêmes ou meilleurs encore, si ce n'est Garou, paix à sa voix. Il semblerait que la malheureux ne sache plus monter ou tenir les mêmes notes qu'il y a une dizaine d'années. Pelletier, Fiori, Lavoie, toujours dans leur personnage et dotés d'une voix véritablement saisissante en live. Un délice pour les yeux et les oreilles. A croire que le temps s'est arrêté pendant pas moins de 13 secondes, lorsque Lavoie clame son « Je t'aime » infernal à la bohémienne. Mentionnons tout particulièrement Luck Mervil, qui a nettement progressé. Il danse, il chante, il rit. Bref, le vrai Clopin était vraiment parmi nous et était peut-être celui qui enflammait le plus la scène grâce à ses chansons fiévreuses et endiablées. Hélas, pas de sortie des artistes mais le moment reste toutefois inoubliable. Une représentation rare qui valait certainement le coup d’œil et qui accorde, effectivement, un hommage fabuleux au spectacle qui avait réinstauré la mode des comédies musicales, en France, dans les années 90. On a désormais acquis une certitude attendue mais rassurante : Notre Dame de Paris de Plamondon et Cocciante ne mourra jamais. Pour finir, un grand merci aux personnes qui assistèrent également au concert du 17 décembre 2011 et qui se reconnaitront.


Notre-Dame-de-Paris--5--copie-1.jpg

Luck Mervil

"Les Sans-papiers" (Danse et chanson)


   

  "Visite de Frollo à Esmeralda, Un matin tu dansais"

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Daniel Lavoie

 

"Moi qui me croyais l'hiver, me voici un arbre vert, moi qui me croyais de fer contre le feu de la chair... Je m'enflamme et me consume pour les yeux d'une étrangère qui ont bien plus de mystère que la lumière de la lune !" Tu vas me détruire - Frollo

Par F. de l'O. - Publié dans : Quatrième Art [Musique]
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[22/04/2012]


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 « Stannis est le fer, noir et dur et solide, oui, mais cassant, tout comme le fer. Il se brisera plutôt que de plier. » 

(G. R. R. Martin) 


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