En ce mois d'avril 2012, un évènement bouleverse l'état. Chaque français devrait se sentir concerné par ce fait exceptionnel. Que l'on se rassure, mon intention n'est pas de parler des élections présidentielles mais bel et bien de la dernière date en France, de la tournée Imaginaerum du groupe finlandais Nightwish. La Halle Tony Garnier de Lyon, dont la disposition n'est pas sans rappeler celle de Paris-Bercy, est capable d'accueillir le modique nombre d'environ 17 000 personnes. A ne pas s'y tromper, les lieux étaient quasiment pleins, la soirée du 20 avril 2012.
Le concert se voyait muni de deux premières parties. Quatre jeunes filles (Eklipse) se présentent tout d'abord sur scène, à l'avance, arborant chacune un type de violon différent. C'est sous des jeux de lumières colorés et les yeux de spectateurs conquis qu'elles entreprennent d'interpréter des morceaux qui n'ont, à la base, rien de classique. Linkin Park, Coldplay, le thème magistral du Parrain de Coppola ; une musique de choix pour commencer la soirée de manière transcendante. Le public n'a pas à attendre très longtemps pour qu'un second groupe se présente, dans un registre... différent, va-t-on dire. Que l'on ne se méprenne pas, le groupe Battle Beast gère, tout simplement. Ils envoient du son, et du très lourd. Encore est-il que leur musique est -à priori- destinée aux véritables amateurs de heavy metal. Puis vient Nightwish... Ah, Nightwish...
Le groupe de metal symphonique par excellence, connu à travers le monde, à n'en pas douter. Imaginez-vous écouter avec plaisir un groupe depuis bien six ans et enfin le découvrir en live. Le spectacle s'annonce d'ores-et-déjà magique. Et surtout, il s'avère être à la mesure de l'attente. S'il paraît impossible de comparer ce concert à celui de Notre Dame à Bercy sur bien des points, l'on peut au moins admettre que l'impression s'est avérée tout aussi grande, grisante, et inoubliable. En quelques mots : Nightwish donne ce genre d'expériences qui défilent à la vitesse de la lumière et qu'on veut réitérer, dès qu'elle est terminée.
C'est un rideau à franges, noir et blanc, qui vole au vent tout en dissimulant la scène, tandis que les premières notes nous parviennent. A priori, c'est une chanson calme, douce, quasiment une berceuse. D'ailleurs, Marco Hietala (bassiste et chanteur) -dont seule l'ombre se dessine, vaste, de profil, sur le rideau- chante doucement tout en basculant sa chaise d'avant en arrière. Que voilà une introduction paradoxale, laquelle reflète pourtant à merveille l'ambiance qui émane de chacun des titres de Nightwish. Dans chacun de ses morceaux, depuis la création du groupe en 96, l'on ne peut pas dire que Nightwish fasse dans la dentelle. Et pourtant, chacune des meilleures chansons est un mélange subtile, une savoureuse symbiose, de metal et de lyrique. Certains passages instrumentaux sont ni plus ni moins sublimes, d'autant plus lorsqu'ils sont enrichis de chœurs, ou de la voix de soprano de l'ancienne chanteuse Tarja Turunen, (révoquée il y a quelques années).
Saut dans le passé avec le classique Nemo : "All I wish is to dream again."
Bref, Hietala ne tarde pas à expédier sans ménagement sa chaise dans les coulisses, après quoi, les autres musiciens le rejoignent, ainsi que la chanteuse du moment : Anette Olzon. Le rideau bascule : the show must go on. L'intro s'avère être le moment le plus fort du concert, ce qui n'est pas peu dire. D'ailleurs, peut-on la qualifier d'introduction étant donné sa longueur ? Ils enchaînent, avec une précision, un naturel et un savoir-faire qui poussent au respect, des morceaux récents ainsi que des classiques, entendus et re-entendus. Comment peut-on redécouvrir Wish I Had An Angel sans éprouver une once d'émotion ?
Introduction du spectacle (avec le début de Wish I Had an Angel, en fin de vidéo).
Chacun des artistes a du génie, les jeux de lumières sont plus mouvementés que jamais, l'écran du fond affiche des vidéos tout à fait intéressantes et immersives. Si Hietala est sans doute mon favori, il paraît impossible de ne pas admettre que Tuomas Holopainen est le plus charismatique. Ses talents au clavier sont bouleversants, et surtout, son piano a plus l'air d'être un orgue qu'autre chose. Parce qu'on a la classe ou on l'a pas.
Les spectateurs n'ont guère le temps de reprendre leur souffle ; si la fosse n'est pas déchaînée comme dans certains concerts de pur rock, elle n'en est pas moins captivée et agitée. D'ailleurs, les gens installés n'hésitent pas à rester debout au long des presque deux heures de show. Les chansons entraînantes s'enchaînent, sans que les membres du groupe n'oublient de faire des échanges, parfois amusants, avec le public. L'on aurait pu s'attendre à ce que Nightwish se contente de faire strictement le spectacle comme certaines grosses machines canadiennes ou américaines, mais non, la surprise est agréable.
La chanson la plus spéciale, mais la plus délirante du show : Scaretale
Hommage aux contes diaboliques pour enfants et rires maléfiques en prime !
Il ne faut pour autant pas croire que les auditeurs n'aient pas un seul instant de répit pour reprendre leur souffle. Le concert était indéniablement doté d'une partie plus calme, presque tranquille. Ils ont par ailleurs adouci le classique Nemo, pour l'occasion. On aime (ou pas) les modifications, quoiqu'il en soit, le musicien invité Troy Donockley rend les chansons (instrumentales ou non) des cinq membres du groupe, plus enivrantes encore, à l'aide d'une sorte de cornemuse baptisée uilleann pipes. En d'autres termes, le concert ne manquait pas non plus d'une délicieuse ambiance celtique. Vous l'aurez compris, un concert de Nigthwish, ce n'est que d'émotion, que le son s'affermisse ou non, tandis que ces musiciens donnent le meilleur d'eux-mêmes. Tout, jusqu'au rappel final, évoquait un professionnalisme et un talent dévastateurs. La mise en scène ne laissait guère plus à désirer, entre les jets de flammes qui rendaient la salle plus chaleureuse encore, à chaque battement infernal, épique, de la grande caisse de Jukka Nevalainen (batteur), jusqu'au feu d'artifice -et je parle littéralement- qui a explosé au dessus de la scène, à la fin. Un sans faute à n'en pas douter, et c'eut été un 21/20 s'ils avaient refait Phantom of the Opera, en l'occasion du 25ème anniversaire du musical. Cela paraissait peu probable : l'un des seuls bémols du changement de chanteuse, au cours du temps.
Nouveau saut dans le passé : Phantom of the Opera (live), by Nightwish.
"Sing my angel of music !"
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires



























Derniers Commentaires